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Définition et historique

 

Le département des Deux-Sèvres peut se prévaloir de posséder le plus ancien ouvrage d'ornithologie locale en France.

 

Ce travail, rigoureux et précis pour l'époque, nous le devons au docteur J. L. M. Guillemeau, qui le publia en 1806 à Niort.

 

Il contient bien sûr des erreurs et des confusions et n'est pas exempt d'omissions, défauts inévitables lorsqu'on sait qu'au début du XIXème siècle beaucoup d'espèces n'étaient pas encore décrites. Rappelons pour exemple que la première description du Pouillot véloce, une des espèces les plus abondantes du département, ne date que de 1820.

 

On y trouve en revanche de nombreux renseignements qui éclairent l'étonnante évolution de notre avifaune en l'espace de deux siècles. On y apprend ainsi que le Grand Corbeau était un nicheur répandu, la Corneille mantelée un hivernant abondant, la Grande Outarde un hôte régulier de la plaine de Niort, et que le Pygargue fréquentait déjà l'étang de Juigny, site où il fut à nouveau observé dans les années 1980.

 

La citation d'autres espèces nicheuses ne manque pas de surprendre au regard de leur statut actuel, et certaines ont d'ailleurs fait plus tard l'objet de controverses ou de commentaires critiques. C'est le cas du Pic noir, réapparu récemment et surtout de la Gelinotte des bois et de la Perdrix bartavelle, confinées de nos jours à quelques régions de montagne, et dont l'éventualité de la présence en Deux-Sèvres laisse perplexe.

 

Le XIXème siècle nous a aussi laissé en héritage un second travail sur les oiseaux du département, publié en 1843/1844 par le vicomte De Lastic Saint Jal.

 

A la fin de son ouvrage, l'auteur propose un longue liste d'espèces censées avoir été rencontrées en Deux-Sèvres. L'exhaustivité de cette liste contraste tellement avec l'aspect superficiel des commentaires qu'on peut se demander si l'auteur ne s'est pas inspiré d'autres publications pour l'établir.

 

Le texte fournit néanmoins quelques informations intéressantes, notamment la confirmation de la présence du Pic noir et de la Bartavelle, la mise en doute de celle de la Gelinotte pas suffisamment démontrée et l'indication de la raréfaction depuis 25 ans de la Grande Outarde.

 

On y trouve également une anecdote pleine d'humour involontaire, relatant la capture d'un Cygne : ../ en 1840, il en fut pris un qui avait, suspendue au cou, une plaque sur laquelle on lisait: j'appartiens au Roi de Suède. Il n'est pas retourné porter à Bemadotte les souvenirs de sa patrie /...  L'histoire illustre bien l'estime que portait la vieille aristocratie à la noblesse d'Empire. En même temps, elle constitue le témoignage d'une expérience de baguage d'oiseaux avant l'heure, car le procédé ne fut utilisé à des fins scientifiques qu'à la fin du XIXème siècle.

 

Au début du XXème siècle, les écrits ornithologiques font déjà preuve d'une plus grande rigueur scientifique.

 

En 1906, H. Gelin publie un article bien documenté sur les hirondelles, leur architecture et la durée de leur séjour en Poitou. Il y note que ses recherches pour retrouver l'Hirondelle de rivage mentionnée par Guillemeau sont restées vaines. Il indique également que, dans le Niortais, l'Hirondelle de cheminée ne bâtit pas son nid dans les cheminées et que c'est à Thouars qu'il observe pour la première fois une nidification de ce type.

 

En 1922, il écrit une note détaillée sur le Choucas des tours la Corneille des clochers dans laquelle il retrace l'historique de l'apparition de l'espèce dans notre région.

 

La même année, il fait paraitre une mise au point sur la présence de la Grande Outarde dans la plaine de Niort au siècle dernier. Il mentionne l'hivernage d'une trentaine d'oiseaux dans les environs d'Aiffres, Vouillé, Breloux et Chavagné (commune de La Crèche) lors de l'hiver 1879-1880. C'est là la dernière mention documentée de l'espèce en Deux-Sèvres.

 

En 1913, G. Bureau dresse un Catalogue des rapaces et grimpeurs observés dans le canton dArgenton-Château. Il rapporte l'observation d'un aigle à l'étang de la Verderie (La Grippière) qui sera tué quelques jours plus tard dans le Maine-et-Loire à Passavant. Cet aigle s'avérera en fait être un Pygargue.

 

En 1922, il consigne avec les frères Jouffrault un second catalogue qui reprend les mêmes informations que le précédent, mais complété par une liste des palmipèdes et échassiers observés dans le canton. Ce document indique la probable nidification de la Guifette noire à l'étang de Beaurepaire, nidification qu'A. Brosset confirmera pour les années 1940, et la reproduction très surprenante d'un couple de Gravelots à collier interrompu à l'étang de la Verderie. On ne peut s'empêcher de penser à une confusion avec le Petit Gravelot, espèce plus commune et plus à même de nicher en un tel endroit, et que les auteurs ne mentionnent pas dans leur liste.

 

La dernière publication de G. Bureau date de 1965 et fait état de la première nidification du Fuligule milouin en Deux-Sèvres, sur un étang de l'Argentonnais.Au cours de la période de 1930 à 1950, d'autres ornithologues de renom ont eu l'occasion de visiter notre département et nous ont laissé quelques écrits relatant leurs observations de terrain.

 

Citons surtout J. De Chavigny et N. Mayaud qui avaient tous les deux des attaches en Anjou et dont les travaux ont beaucoup apporté à l'ornithologie française.Citons également A. Brosset (décédé en 2004) qui nous a fait l'honneur de préfacer l'atlas des oiseaux nicheurs des Deux-Sèvres (1995) et auquel nous sommes redevables de l'essentiel des données concernant le nord des Deux-Sèvres pour les années 1940 et 1950. Ornithologue originaire du Thouarsais, A. Brosset était directeur de recherches au Centre National de la Recherche Scientifique où il dirige un laboratoire d'écologie tropicale. Il est également mammalogiste, spécialiste des chiroptères et a publié en 1974 un remarquable ouvrage sur les mammifères de France (aujourd'hui malheureusement épuisé) dans lequel il est souvent fait référence aux Deux-Sèvres.

 

Jusqu'au milieu de ce siècle, la plupart des ornithologues étaient avant tout des collectionneurs. Plusieurs collections d'oiseaux naturalisés se sont ainsi constituées et certaines contiennent des pièces d'un grand intérêt.

 

Parmi celles-ci, la plus remarquable est sans doute celle de L. Ingrand. Léguée à la ville de Niort, elle est exposée au Musée d'Agesci , qui dispose en outre de sa propre collection. La collection de G. Bureau est, quant à elle, déposée à la mairie d'Argenton-Château et contient beaucoup de spécimens collectés dans le nord Deux-Sèvres.

 

Citons enfin celle, plus récente, de M. Guimard, collection privée qui, entre autres pièces, comprend un exemplaire de Plongeon à bec blanc trouvé à Cherveux le 19 mai 1964. Il s'agit de la 2ème mention française de cette espèce rarissime, et la première à l'intérieur des terres.

 

L'évolution des mentalités et la promulgation de lois encadrant strictement l'exercice de la taxidermie et la détention des espèces protégées ont fait tomber en désuétude cette conception de l'ornithologie. Aujourd'hui, l'ornithologie moderne ne se conçoit plus autrement que par l'observation directe des oiseaux dans leur milieu.

 

Dès la fin des années 1960, la mise sur le marché de matériels optiques bien adaptés et de guides d'identification pratiques ont amené de nombreux adeptes vers cette activité. La passion des oiseaux et l'envie de partager leurs connaissances les ont aussi amenés à se grouper en associations départementales ou régionales.

 

Pour notre département, c'est à l' A.S.N.A.TE., maintenant Deux Sèvres Nature Environnement, que nous devons la première structure associative avec la création, sous la houlette de G. Bonnin, du Cercle des Naturalistes des Deux-Sèvres. De ce Cercle des Naturalistes, naît en 1978 à l'initiative de J. M. Boutin, une section ornithologie, qui publie la même année le premier numéro du LIROU. Depuis 1981, la section ornithologie est devenue le Groupe Ornithologique des Deux-Sèvres qui vole maintenant de ses propres ailes.

 

Michel Fouquet

 

 

Autres liens internet


Histoire de l'ornithologie depuis l'antiquité. (Encyclopedie libre Wikipédia)